Que faire en Suisse après le déconfinement? (2)

Après une exploration de la Gruyère (à retrouver ici), partons cette semaine à l’autre bout de la Suisse, là où les hautes cimes vous feront tourner la tête et où le Rhin prend sa source. Vous me suivez?

Nous voilà donc en route pour les Grisons, le plus grand canton de Suisse (et sans aucun doute l’un des 26 plus beaux!) Commençons par un petit tour en ville de Coire, le chef-lieu. Ici, paraît-il, tout devient possible. La preuve: on y sent planer un petit air méditerranéen alors que nous nous trouvons au beau milieu des Alpes, pas très loin d’immenses glaciers.

Une ville du sud de l’Europe? On pourrait le c(r)oire…

Vous le savez sûrement, mais les Grisons sont le seul canton trilingue (allemand (75 %), romanche (15 %) et italien (10 %)). Bon, à Coire, je vous conseille d’utiliser votre plus bel allemand, même si je vois d’ici la sueur perler sur votre front. Si vous vous lancez en romanche, il y a de fortes chances que l’on vous regarde avec des yeux de merlan frit. Eh oui! La ville est très majoritairement germanophone.

Comment cela se fait-il? En 1464, Coire assiste à un avant-goût d’apocalypse, en raison d’un terrible incendie. Les habitants auront beau réciter toutes les prières du monde, rien n’y fait. Coire est réduite en cendres. Les flammes dévastatrices accéléreront un autre processus: la germanisation des Grisons. Ce sont en effet des artisans de langue alémanique qui reconstruisent la ville et qui s’y installent. Les Romanches deviennent minoritaires dans une ville qui aurait pu leur servir de centre économique et culturel. Aujourd’hui, alors que de nombreux jeunes gens de langue romanche choisissent de s’installer dans les grandes villes de Suisse, l’avenir de la quatrième langue nationale semble bien compromis… Mais est-ce une raison de désespérer? Sûrement pas!

Musée rhétique

Les incontournables de Coire? Oh, ils sont nombreux. Cette ville de 35’000 habitants a de quoi faire saliver les amoureux d’art et d’histoire. Commencez votre exploration avec le Musée rhétique qui vous donnera la chance d’approfondir vos connaissances du passé des Grisons. Et quelle histoire passionnante! Tout commence avec la création de plusieurs ligues qui finissent par resserrer leurs liens. Elles iront même jusqu’à envahir d’importants territoires, comme la Valteline (aujourd’hui italienne). Les ligues se constituent en république libre dans les années 1520. Il faut s’imaginer un vaste réseau d’alliances au beau milieu des Alpes. Des jeux de pouvoir. Des réunions secrètes. Quelques intrigues. Une sorte de Game of Thrones sans les dragons (j’exagère sans doute…)

Pour davantage de conseils, adressez-vous à l’office de tourisme de la gare: vous y trouverez une carte ou vous pourrez louer un audio-guide qui vous fera découvrir ruelles et bâtiments.

Les escaliers menant à l’évêché et à la cathédrale de Coire

A la conquête de l’Ouest grison

Vous ne souhaitez pas quitter les Grisons de sitôt? Alors embarquez dans un train en direction de Disentis (en allemand)/Mustér (en romanche). Comptez une heure de trajet. Une heure de pur bonheur pour les yeux! Les vitres du wagon peuvent être baissées et [attention spoiler] vous pourrez admirez le paysage cheveux au vent, comme dans un film américain des années 1950 (nous déclinons toute responsabilité en cas de rencontre fatale avec un pigeon égaré). Soudain, après un virage un peu plus vertigineux encore que les autres, on aperçoit au loin l’abbaye de Mustér.

Abbaye de Disentis/Mustér

Lors de mon passage, l’abbaye était en restauration, mais il était possible d’en visiter le musée. C’est alors que j’ai rencontré une femme étonnante. Ce fut presque comme une apparition. Son visage a de quoi vous fendre l’âme: voici sainte Agathe de Catane (ou plutôt sa statue).

Sainte Agathe de Catane

Elle a vécu au IIIe siècle, en Sicile. Son seul défaut? Sa foi chrétienne, qui la pousse à décliner la demande en mariage d’un consul. Mince alors, ça lui a joué des tours! Le consul avait la rancune tenace. Il commence par l’envoyer dans un bordel. Heureusement, la jeune fille parvient à préserver sa virginité (l’histoire ne dit pas comment, même s’il faut avouer que notre curiosité nous titille). L’histoire ne finit pas là, pourtant. Son prétendant éconduit, entre autres joyeusetés du même acabit, ordonne qu’on lui fasse arracher les seins. Elle finira par mourir en prison… Difficile donc pour Disney d’en faire un joli dessin animé. La légende prétend encore une chose: grâce à l’intercession de la sainte, la ville de Catane aurait été préservée lors d’une éruption de l’Etna. Depuis, on l’invoque pour se protéger contre les incendies, les tremblements de terre ou encore les éruptions volcaniques. Une sainte multifonctionnelle donc… Quant à la statue que vous voyez en photo, elle date d’environ 1400.

Bien d’autres trésors se cachent dans les Grisons: la célèbre Via Mala (ne manquez pas l’église de Zillis et son plafond qui lui donne son surnom de «Sixtine du nord des Alpes»), la ligne du Bernina Express inscrite à l’Unesco qui vous conduira jusqu’à la ville italienne de Tirano ou encore le couvent de Müstair (à ne pas confondre avec Mustér, qui se trouve à plusieurs heures de route). Rendez-vous sur le site de l’office de tourisme des Grisons pour peaufiner votre circuit.

Vue sur Tirano, après une longue ascension qui en vaut bien la peine

Yannis Amaudruz, pour Helvetia Historica

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