Le canton alémanique le moins connu des Romands

« À l’ombre de Melchthal, à l’ombre du Mont-Rose,
La Suisse trait sa vache et vit paisiblement.
Sa blanche liberté s’adosse au firmament »

Victor Hugo n’aurait peut-être pas écrit une telle ânerie (enfin, une vacherie en l’occurrence) dans La Légende des siècles (1859) s’il avait fait un petit détour du côté de Glaris. Eh oui! Le cliché du paysan est totalement infondé en ce qui concerne ce canton.

Vous voulez savoir pourquoi? A moins que vous soyez né en 1900 -et dans ce cas-là, je vous suggère de contacter sans trop attendre les auteurs du livre des records-, Glaris n’était déjà plus un canton majoritairement agricole à l’époque des grands-parents de vos grands-parents.

Bienvenue à Glaris! Willkommen in Glarus!

Certes, au tout début du XIXe siècle, l’économie glaronaise (coucou bel adjectif dont vous vous servirez pour impressionner vos beaux-parents) fait clairement pitié à voir. En effet, en 1799, la région se transforme en terrible champ de bataille où s’affronte la France révolutionnaire et les monarchies européennes. Le commerce en souffrira plusieurs années. D’ailleurs, vous savez que les Grisons ont aussi pas mal dégusté à cette époque. Le village romanche de Mustér a par exemple été complètement incendié par les troupes françaises.

Enfin, vous le savez si vous me suivez sur Instagram, bien sûr! Et si ce n’est pas encore le cas, dépêchez-vous de le faire pour ne rien manquer de mes aventures aux dix coins de la Suisse (@helvetia_historica). Mais revenons à nos moutons glaronais.

Apocalypse Now à la sauce alémanique

Après la période trouble que je viens d’évoquer, l’économie du canton de Glaris connaît un bel essor dans la première partie du XIXe siècle, grâce à l’industrie du textile. Les activités liées au travail du coton font vivre 4 habitants sur 10 dans les années 1840. En d’autres termes, Glaris est très en avance en matière de développement économique. Un véritable phare industriel, bien souvent oublié des livres d’histoire. Et pourtant, les traces de ce passé sont visibles à tous les coins de rue.

Une usine à Glaris

Tout est bien qui finit bien? Non, non, non. Nous ne sommes pas dans un conte de fées, mes amis! Dans la nuit du 10 au 11 mai 1861, un incendie se déclenche dans la petite ville de Glaris (oui, le chef-lieu porte le même nom que le canton, un peu comme à Fribourg, Genève, Berne ou encore Schaffhouse).

Le feu se propage rapidement en raison du vent. Probablement d’origine criminel, il ravage plusieurs centaines de bâtiments. Les cloches de l’église fondent. Imaginez la canicule de ces derniers jours avec quelques centaines de degrés en plus et vous aurez une idée de la fournaise. Enfin, une toute petite idée.

Les bons bourgeois du lieu ont eux aussi eu très chaud, et pas seulement à cause de la chaleur ambiante: ils ont failli perdre leurs poules aux œufs d’or dans le désastre. Heureusement pour eux, leurs usines échappent finalement aux flammes.

Malgré tout, la ville a sale mine le lendemain de l’incendie. Pour vous en convaincre, j’ai spécialement fait usage de ma machine à voyager dans le temps afin de prendre deux ou trois photos sur les lieux du sinistre. Jugez plutôt:

Près de la moitié des habitants se retrouve sans abri (obdachlos, en allemand, si vous avez besoin d’impressionner belle-maman et beau-papa une seconde fois). Et puis, un patrimoine inestimable disparaît. La bibliothèque cantonale? Transformée en poussière, tout comme de nombreuses œuvres d’art. Glaris pleure ses trésors. Mais elle pense surtout à panser ses plaies, tel un phénix prêt à renaître de ses cendres.

Après la catastrophe, deux architectes établissent donc le plan de reconstruction de Glaris. Ils optent pour un plan en damier, un peu comme à La Chaux-de-Fonds. On profite de l’occasion pour élargir les rues afin d’optimiser le développement industriel. Les bons bourgeois n’ont pas perdu leur opportunisme dans l’incendie.

Que visiter dans le canton de Glaris?

Seules 40’000 personnes vivent dans ce canton, essentiellement dans le nord. Il faut dire que le relief montagneux n’est pas très propice à l’établissement de vastes cités. Quoiqu’il en soit, Glaris ravira les passionnés d’histoire ou les adeptes du grand air. Si vous appréciez les deux, vous serez aux anges.

  • Glaris

Le chef-lieu du canton mérite une flânerie, ne serait-ce que pour observer le plan en damier. Passez par la Zaunplatz. Certes, en temps normal, cette place ressemble à un vaste parking qui rebutera les plus esthètes d’entre vous. Pourtant, c’est ici que se déroule la Landsgemeinde.

Il s’agit de l’un des deux seuls cantons suisses à maintenir cette pratique multiséculaire. Et les Glaronais, contrairement aux Appenzellois, ne sont pas aussi conservateurs qu’on l’imagine. En 2007, ils ont par exemple décidé d’abaisser le droit de vote cantonal à 16 ans.

Zaunplatz

Ne manquez pas de visiter le grand temple protestant, dont les proportions détonnent avec la petitesse de la bourgade. Vous n’êtes pas une grenouille de bénitier? Faites quand même un petit effort! A gauche du chœur, vous trouverez une maquette de Glaris qui permet de voir à quoi ressemblait la ville avant le grand incendie de 1861.

Pour une belle vue d’ensemble de la petite cité, quittez l’église et rendez-vous sur la petite colline où se trouve la Burgkapelle St. Michael (degré d’effort à fournir: 1,5/10). Vous surplomberez Glaris et vous serez sans doute stupéfait par la beauté du paysage.

Du haut de cette colline, un panorama magique se déploie devant vous

Près de la gare, un jardin public (le «Volksgarten») vous offrira de l’ombre et la fraîcheur d’une fontaine. Les amateurs d’art repéreront très vite le Kunsthaus. Je ne saurais vous faire part de mon impression, puisque je n’ai pas eu le temps de m’y rendre…

En revanche, à quelques minutes de marche de là, vous trouverez un musée consacré à Anna Göldi, celle que l’on surnomme la «dernière sorcière d’Europe». J’en ai parlé dans un article précédent.

  • Näfels

A moins que vous soyez arrivé dans le coin en montgolfière ou que vous ayez emprunté une petite route tortueuse et peu fréquentée depuis la Suisse centrale, vous êtes forcément passé par Näfels pour atteindre Glaris.

Si vous avez été très très trèèès attentif à l’école et un tantinet fayot (vous voyez le genre) ou que vous passez tout votre temps libre à apprendre des dates par cœur, le nom de Näfels vous dit quelque chose. Si vous êtes plus ou moins normal, il ne vous évoque rien du tout. Dans ce cas-là, petit scoop: en l’an de grâce 1388, quelques centaines de soldats des cantons primitifs écrasent l’armée autrichienne. Et ça s’est passé à Näfels. Une jolie histoire à raconter à ses enfants au coin du feu. Ouahou.

Il n’en demeure pas moins que cet épisode est un élément important de l’identité glaronaise. Chaque année, une procession rappelle le souvenir de ce jour glorieux où l’on flanqua une bonne schlaguée aux Autrichiens occupés à piller le village.

Tout le gratin local se réunit pour l’occasion: fanfare, gouvernement, armée… Sans oublier l’évêque qui propose un petit one-man-show (amen, hip hip hourra, alléluia, etc.) D’ailleurs, un monument du XIXe siècle, planté au milieu d’un pré, commémore cette bataille.

Monument de la bataille de Näfels

Mais, si vous voulez mon avis, l’incontournable de Näfels, c’est plutôt le palais Freuler. Cette sublime demeure a été construite dans les années 1640 selon le bon désir d’un colonel local qui a servi dans l’armée de France. Ouvrages en stuc, plafonds à caissons, poêles en faïence et escaliers princiers seront au programme de votre visite:

Il s’agit sans nul doute du plus bel intérieur à des kilomètres à la ronde: faites-moi signe si vous trouvez mieux dans le canton de Glaris.

  • Lac du Klöntal

Depuis la gare de Glaris (ce bâtiment mérite votre regard le plus attentif, soit dit en passant), un car postal vous emmènera tout droit vers un paysage digne du Seigneur des Anneaux.

Région du Klöntal
Lac du Klöntal

Le lac du Klöntal, situé à 848 mètres d’altitude, offre diverses possibilités de randonnée. Renseignez-vous auprès de l’office du tourisme. Voilà qui vous permettra de vous ressourcer, avant de partir à la découverte des autres perles de Glaris. Car, je ne vais pas vous raconter d’histoires: je n’ai pas pu arpenter tout le canton.

Il y aurait tant d’autres merveilles à découvrir, comme le petit village d’Elm ou encore le haut lieu tectonique de Sardona, classé à l’UNESCO depuis 2008. A votre tour de jouer les explorateurs… et n’hésitez pas à faire part de vos bons plans en commentaire!

Peut-être vous demandez-vous pourquoi Glaris est le canton alémanique le moins connu des Romands? Si l’on considère le nombre de séjours hôteliers comme un bon indicateur, figurez-vous que Glaris est le canton le moins touristique de Suisse, après le Jura. En 2017, il n’a enregistré que 131’000 nuitées (contre plus de 5 millions pour Zurich ou près de 4 millions en Valais). Vous n’aurez donc pas à jouer des coudes lors de votre excursion…

Yannis Amaudruz, pour Helvetia Historica